Teodore Obiang Nguema est le président de la Guinée Equatoriale depuis 1979. Il a été choisi le 30 janvier 2011 pour diriger l’Union Africaine. A 68 ans, les pays d’Afrique centrale l’ont désigné pour les représenter pendant une année. Portrait du nouveau président de l’UA, qui sera chargé de se pencher notamment sur les différentes crises qui troublent le continent.

Arrivée au pouvoir : 1969 - 1982

En 1969, à l’arrivée de son oncle Francisco Macias Nguema à la présidence de la république, il est nommé au commandement de l’armée puis au Ministère de la Défense, à la direction générale de l’approvisionnement et de la planification.

En 1975, il est nommé vice-ministre des Forces armées populaires. Il renverse son oncle et le fera fusiller. Il est officiellement nommé Président de la République en 1982 et pour sept ans par le conseil militaire.

Répression, réélection et découverte du pétrole : 1982 - 1990

En 1988, les opposants au régime, accusés d’atteinte à la sécurité de l’Etat, de fraude et d’espionnage, sont sévèrement condamnés à des peines allant de douze ans de prison à la réclusion à perpétuité. Le ministre équato-guinéen, chargé des relations avec le Parlement, M. Eloy Elo, évoque alors une tentative d’assassinat du chef de l’Etat par deux des accusés condamnés à mort dont la peine avait été commuée en prison à perpétuité. A cette même époque le président du Parti du Progrès, M. Severo Moto, exilé à Madrid, évoque l’existence d’un accord entre Nguema et une entreprise américaine pour le déversement de déchets radioactifs dans les eaux territoriales de son pays, en échange de bénéfices importants. L’opposition avait alors lancée une campagne contre cet accord.

En 1989, Reuters rapportait les conditions des élections qui ont permis sa première réélection :

« La Guinée équatoriale a connu, dimanche 25 juin, sa première élection présidentielle depuis son indépendance, en 1968, avec un candidat unique, l’actuel président Teodore Obiang Nguema. Celui-ci, âgé de quarante-sept ans, avait pris le pouvoir il y a dix ans dans l’ancienne colonie espagnole d’Afrique occidentale en renversant le dictateur Francisco Macias Nguema. Les frontières ont été fermées, les transports publics interrompus et la vente d’alcool interdite pendant deux jours afin de garantir le bon déroulement de l’élection. »

En 1990, dans le cadre de la fête nationale, Nguema décide de gracier treize détenus dont l’ancien ministre des eaux et forêts, M. Angel Alogo, condamné pour malversations en 1989, et un ancien aide de camp du chef de l’Etat, M. Melchior Ndong Mmba, impliqué dans une tentative de coup d’Etat en 1983. La même année, du pétrole est découvert au large de la Guinée-Equatoriale par des compagnies pétrolières américaines. Depuis, cette ancienne colonie Espagnole est surnommée le « Koweït Africain ».

Depuis 1992 : un multipartisme relatif

Début 1992, Nguema accepte légalement la mise en place du multipartisme. L’accès aux mandats électoraux est autorisé pour les seuls Guinéo-Equatoriens présents sur le territoire depuis plus de dix ans. De plus une caution de " de 30 millions de francs CFA " (plus de 90 000 €), soit six cent fois le salaire moyen de l’époque en Guinée-Equatoriale doivent être déposés pour pouvoir créer un parti politique.

Il a malgré tout été réélu à trois reprises avec toujours plus de 95 % des voix.

En 1995, le Monde considérait que « L’acceptation du multipartisme, par M. Obiang, n’a été que de pure forme ». En effet à cette période une vague d’arrestation d’opposant faisait l’actualité du pays, même si l’Espagne et les Etats-Unis avaient mis en œuvre une stratégie de démocratisation. Depuis sa première élection, Nguema a été réélu à trois reprises avec toujours plus de 95 % des voix.

En 1996 l’administration Clinton décide de fermer l’ambassade américaine considérant qu’il existait des violations des droits de l’homme.

Soupçons sur le président Nguema et sa famille

Début des années 2000, s’enchaînent des situations et suspicions qui continuent de mettre à mal l’image du Président Nguema. Le scandale du blanchiment d’argent du clan Nguema par la Riggs Bank, la nomination au ministère du pétrole du fils Teodorin, quelques temps après son arrestation pour détention et introduction de drogue au Etats-Unis ou encore la nomination de Nguema sur la liste des prédateurs de la liberté de la presse sont autant d’évènements qui mettent un peu plus en lumière les formes de l’exercice du pourvoir par le Président Nguema.

A la même période Mark Thatcher, fils de la Dame de fer (Margaret Thatcher) est inculpé pour son rôle présumé dans la tentative de coup d’Etat contre Nguema. Il finira par plaider coupable et être condamné à 3 millions de rands sud-africains (environ 380 000 euros) d’amende par le tribunal du Cap. Le britannique Simon Mann, sera condamné à sept ans de prison au Zimbabwe et le Sud-Africain Nick du Toit, chef présumé des mercenaires sera condamné à trente-quatre ans de prison.

En 2006, la fortune de Teodoro Obiang Nguema, est estimée à 600 millions de dollars. Arvind Ganesan, de Human Rights Watch explique alors que « sous le règne d’Obiang, la richesse du pays se confond avec celle du président ».

Les « biens mal acquis »…

Teodore Obiang Nguema est fortement soupçonné d’avoir construit sa richesse sur un trafic international de drogue. En 2008, l’enquête concernant la suspicion de recel de détournement de fonds publics ouverte par le parquet de Paris a été classée sans suite, comme le rapportait à l’époque les journalistes de Rue89. Mais le journal Le monde rappelait que le nom de « Teodoro Nguema Obiang, a été cité en 2004 dans un rapport du Sénat américain sur (des) transactions suspectes ».

Fin 2010 un juge d’instruction français reçoit l’autorisation d’enquêter sur les supposés « biens mal acquis ». En Espagne, le parquet anticorruption demande également une enquête le concernant.

Pendant, la dernière « campagne électorale », les opposants de Nguema lui reprochaient une gestion inéquitable du pétrole. La Guinée Equatoriale était alors le troisième producteur en Afrique subsaharienne, mais la pauvreté était toujours très élevée.

Nguema et la liberté de la presse

En 2009 un journaliste de RFI et de l’AFP Rodrigo Angue Nguema, était emprisonné pendant 4 mois par la justice du pays pour avoir transmis une information erronée concernant le directeur de la compagnie nationale aérienne Ceiba, Mamadou Jaye.

Cette année là, dans son classement mondial des pays au regard des libertés accordées à la presse, Reporters Sans Frontières (RSF) avait placé la Guinée équatoriale à la 156ème place sur 175.

En 2010 un conflit l’a opposé à plusieurs organisations de défense des droits de l’homme. En effet, Nguema avait émis le souhait que son nom soit donné à un prix scientifique décerné par l’Unesco. Le surnom de « Prix du dictateur » donnait une bonne idée des griefs portés contre lui. Les Etats-Unis avaient également partagé l’opposition à ce prix, considérant qu’il aurait un « impact négatif sur la crédibilité, le prestige et les valeurs de base de l’Unesco »…