imagesLe parti présidentiel, l’UMP, a choisi de lancer un grand débat national sur ce thème à compter du mois d’avril 2011. Le précédent débat sur l’identité nationale avait donné lieu à un véritable fiasco. Ce nouveau débat, objet de multiples polémiques ne s’annonce pas plus réussi.

La place de la religion en France : la loi de 1905

Le 9 décembre 1905, dans un souci de laïcité républicaine, la loi de séparation des Eglises et de l’Etat est venue remplacer le régime du concordat de 1801. Le principe de laïcité en France distingue les organisations religieuses du pouvoir politique. Il est alors attendu une totale neutralité de l’Etat concernant les religions. Néanmoins, l’Etat doit être garant de la liberté de cultes et les manifestations religieuses doivent respecter l’ordre public. Au départ, cette loi avait pour but de mettre un terme à l’influence de l’Eglise catholique sur les institutions.

En France, le président de la République est le Président de tous les Français. Comme l’analyse si justement le journal le Monde, la Constitution donne au président le rôle de gardien de la « République laïque » et l’invite à respecter « toutes les croyances ». Néanmoins, la Constitution n’a jusqu’à présent pas empêché Nicolas Sarkozy de se positionner très clairement concernant certaines religions.

Le positionnement de Nicolas Sarkozy concernant les religions

En 2003, Nicolas Sarkozy crée le Conseil Français du Culte Musulman pour la représentation des Musulmans de France. Aujourd’hui, on peut lire dans les écrits de cette organisation que « Le CFCM est né de la volonté de l’UMP de contrôler l’islam en France ».

En 2006, suite à la parution du livre de Philippe de Villiers concernant un danger islamiste sur l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, Nicolas Sarkozy a pris soin d’expliquer la légitimité de la suspension de 43 habilitations de personnels aéroportuaires au motif que ces personnes avaient des « pratiques radicales » et préférant « un contentieux devant un tribunal plutôt qu’un drame ».

Le MRAP avait alors dénoncé les « ravages de la stigmatisation » et décidé de poursuivre le préfet, responsable du retrait des habilitations de salariés, pour « discrimination en raison des origines ethnique ». Quatre d’entre eux auront gain de cause et récupéreront leur badge.

En 2007, la visite de Nicolas Sarkozy au pape Benoît XVI avait fait naître en lui, selon ses propres mots, l’idée d’une « proximité de vues sur la place de la religion dans la vie publique » entre les deux hommes. Rappelons qu’au Vatican, Etat théocratique, le pape possède le pouvoir absolu (exécutif, législatif, judiciaire). C’est d’ailleurs dans le discours que M. Sarkozy prononcera à la basilique du Latran, à la suite de cette rencontre qu’il évoquera la notion de « laïcité positive ».

Il expliquera alors que pour lui la référence à une « transcendance » est indissociable d’une « bonne politique » et comparera la fonction présidentielle à la fonction cléricale :

« On n’est pas prêtre à moitié. Croyez bien qu’on n’est pas non plus président à moitié. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même, je sais ceux que j’ai faits pour réaliser la mienne ! »

Le positionnement du président de la République est clair. Il revendique « ce lien particulier qui a si longtemps uni notre nation à l’Eglise ».

On retiendra également de son discours l’évocation de la place de la religion dans l’éducation :

« Dans la transmission des valeurs et l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. »

En mars 2011, il a une nouvelle fois établi en lien politique et religion en invitant la France à « assumer sans complexe » son « héritage »chrétien, ce qui relève selon lui du « devoir politique »

La place de la religion pour les français

Au-delà du positionnement personnel du chef de l’état, juger de l’opportunité d’un débat sur la place de la religion en France nécessite la prise en compte du positionnement et des aspirations des Français.

En 2006, on comptait en France 51 % de catholiques, 4 % de musulmans, 3 % de protestants et 1 % de juifs. Par ailleurs 31 % de la population se disait sans religion.

Le sondage Ifop de janvier 2011 a permis de mettre en évidence que pour 42 % des français l’Islam est perçu comme une menace tandis que pour 22 % elle est perçue comme un facteur d’enrichissement culturel. De plus, pour 68 % des français, les musulmans ne seraient pas intégrés en France.

L’islam est aujourd’hui la deuxième religion de France et il paraît donc nécessaire d’échanger concernant cette religion qui s’avère être perçue négativement. De ce point de vue, le débat lancé par l’UMP paraît donc légitime.

Néanmoins, au-delà de cet état des religions en France, il est nécessaire de s’interroger sur le contexte social de ce débat. En début d’année, RTL a fait réaliser un sondage sur les préoccupations des français, qui a permis de mettre en évidence ce qui interpelle le citoyen.

Il s’avère de manière tout à fait attendue en cette période de crise économique, que 81 % des français sont principalement préoccupés par le chômage. Suivent les questions relatives au système social (73 %), au pouvoir d’achat (68 %), à la croissance économique (58 %), aux inégalités sociales (56 %), aux déficits publics (54 %) ou encore à l’insécurité (49 %).

De ce point de vue, il paraît évident que bien d’autres sujets pèsent plus lourdement dans l’esprit des français. On peut donc s’interroger sur les raisons qui amènent le parti présidentiel, à presque un an de la prochaine élection présidentielle, à interroger le peuple sur la question de la religion (et de l’islam) en France.

Le point de vue du président sur la place de la religion est clair puisqu’il a écrit un livre à ce sujet dès 2004. Dans son ouvrage au titre évocateur « La République, les religions, l’espérance », Nicolas Sarkozy s’exprime sans tabous sur la place des religions dans la République et évoque déjà l’idée de laïcité positive.

Qu’attend-on alors de ce débat ? Quel en est le résultat espéré concernant les religions (l’islam…) ? Quelle place tient ce débat dans la stratégie électorale de l’UMP ? Hélas, si certaines question restent sans réponses, d’autres en amènent d’évidentes au regard des récents sondages favorables au Front National.

La place de la religion en France est un sujet qui mérite d’être traité, tout comme la question de la place de l’islam. Néanmoins, le parti-pris de Nicolas Sarkozy ne permet pas d’échanger sereinement sur le sujet. Enfin, aujourd’hui à presque un an de l’élection présidentielle bien d’autres sujets de débats répondraient beaucoup mieux aux préoccupations des français, même s’ils ne répondaient pas nécessairement à la stratégie électorale de l’UMP.